CHAPITRE XII

Durant le voyage entre Yavin 4 et Mon Calamari, Leia et Terpfen restèrent assis côte à côte, chacun se murant dans ses pensées. A voir sa mine sombre, le Calamarien avait toujours autant de mal à supporter le poids de la culpabilité.

Le petit vaisseau entra dans l’atmosphère et se dirigea vers une des cités flottantes dont l’amiral Ackbar supervisait l’héroïque tentative de sauvetage.

– Equipe de secours de Corail City, ici le vaisseau de… (Terpfen hésita un instant)… du ministre d’Etat Organa Solo. Nous devons contacter l’amiral Ackbar. Pouvons-nous amerrir ?

Un court instant plus tard, la réponse leur fut donnée par la voix de l’amiral en personne.

– Leia me rend visite ? Elle est la bienvenue, c’est évident. (Après une brève pause :) Terpfen, c’est vous ?

– Oui, amiral.

– J’avais bien cru reconnaître votre voix. Je serai ravi de vous voir tous les deux.

– Rien n’est moins sûr, monsieur, souffla Terpfen.

– Que signifie cette remarque ? Quelque chose ne va pas ?

Terpfen inclina sa tête couverte de cicatrices. A l’évidence, les mots avaient du mal à sortir de sa gorge.

Leia se pencha sur le micro :

– Ackbar, il vaut mieux parler de tout ça face à face, dit-elle.

Il ne lui semblait toujours pas naturel de s’adresser au Calamarien sans mentionner son grade.

Terpfen remercia le ministre d’un signe de tête. Puis il s’occupa de l’amerrissage.

Sur la planète, des barges équipées de grues tentaient de renflouer la magnifique cité, coulée par la récente attaque de l’amirale Daala.

Leia se trouvait sur Mon Calamari lors du raid. Venue essayer de convaincre l’amiral de revendiquer son grade au sein de la République, elle avait assisté à des scènes terrifiantes. Choqué, Ackbar était sorti de sa première retraite pour participer à la victoire finale des forces calamariennes.

– Attention, dit son compagnon, nous allons nous poser sur une barge.

La manœuvre était délicate, mais Leia avait toute confiance en Terpfen.

Du moins en ce qui concernait ses qualités de pilote…

Quand le sas fut ouvert et la rampe dépliée, le ministre Organa Solo quitta le navire et prit pied sur le pont de la barge.

Ackbar était déjà là pour l’accueillir.

– Leia, quel plaisir de vous voir ! Le renflouage de la ville est en bonne voie. Encore quelques mois, et la plupart des zones seront de nouveau habitables. (Il regarda par-dessus l’épaule de son interlocutrice.) Terpfen ! Comment allez-vous, mon vieux ?

Pour le traître involontaire, cette cordialité était un crève-cœur.

Leia jugeait l’heure trop grave pour perdre du temps en civilités.

– Ackbar, dit-elle, les Impériaux connaissent les coordonnées d’Anoth. Winter et le petit Anakin sont en grand danger. Nous devons voler à leur secours, et vous seul savez aller.

Ackbar en resta bouche bée. Terpfen choisit ce moment pour s’avancer et dire :

– Je vous ai trahi. J’ai trahi tout le monde…

A bord du Vendetta, l’ambassadeur Furgan s’affairait du matin au soir, histoire de prouver qu’il était utile et… important.

Quand le navire sortit de l’hyperespace, non loin d’Anoth, il ordonna :

– Activez les boucliers !

– C’est déjà fait, monsieur, répondit le colonel Ardax.

Occupant le fauteuil de commandement, l’officier était sanglé dans un superbe uniforme de la flotte spatiale impériale. Il bomba le torse, heureux d’en remontrer au diplomate.

Depuis le début du voyage, le colonel tapait sur les nerfs de Furgan en prenant des décisions sans lui demander son avis. Décidément, le gaillard était trop indépendant au goût de son supérieur.

Car enfin, Furgan était le directeur du centre d’entraînement. Le directeur ! D’accord, l’académie militaire n’existait plus – peste soit de ce Kyp Durron – mais ça n’était pas une raison pour se ficher comme d’une guigne de son opinion.

Furgan ne cessait de penser à l’explosion de Carida. Ce jour-là, son rêve le plus cher – restaurer l’Empire – en avait pris un sacré coup ! La perte était lourde, vraiment. Mais s’il parvenait à mettre la main sur le bébé Jedi, l’espoir changerait de camp.

Le Vendetta passa par la brèche d’une ceinture d’astéroïdes incomplète orbitant autour d’Anoth. La planète était en fait composée de trois éléments. Deux énormes fragments entre lesquels jaillissaient de titanesques éclairs entouraient une petite sphère rocheuse qui, au niveau de la mer, possédait une atmosphère respirable. D’ici un siècle ou deux, les trois masses entreraient en collision et se désintégreraient. Pour l’instant, Anoth était bien cachée, se jouant des télescopes les plus puissants.

Mais il y avait eu un impondérable.

– C’est un endroit un peu… austère… pour élever un enfant, dit Ardax.

– Ça l’aura endurci, déclara Furgan. Une bonne préparation à l’entraînement qu’il devra subir pour devenir le Nouvel Empereur.

– Ambassadeur, demanda Ardax, avez-vous idée de l’endroit où se trouve la forteresse qui abrite l’enfant et sa suite ?

Furgan se mordit la lèvre inférieure. L’espion Terpfen ne lui avait rien fourni d’autre que les coordonnées de la planète.

– Vous ne voudriez pas que je fasse tout votre travail, colonel ? Utilisez donc les senseurs du navire !

– Compris, monsieur. Techniciens, sondez la planète.

– Sondage engagé, monsieur, dit un caporal occupé à examiner un diagramme du système d’Anoth. Ne vous inquiétez pas, nous trouverons. Il y a si peu de choses sur cette planète que ça ne devrait pas être bien long.

Furgan se leva et se dirigea vers l’ascenseur.

– Colonel, je descends inspecter les véhicules d’assaut. Vous pourrez vous en sortir sans moi un moment ?

– Bien entendu, monsieur, répondit Ardax avec une conviction qui irrita Furgan.

Quand les portes de la cabine se refermèrent, il sembla à l’ambassadeur que le capitaine du Vendetta, réduit à un rôle subalterne, ajoutait un commentaire rien moins qu’élogieux. Mais il ne put en saisir la teneur.

Dans le hangar principal régnait une agitation de fourmilière. Manœuvrant avec le bel ensemble qui faisait leur réputation dans l’Empire, les commandos en armure blanche s’occupaient à charger armes et munitions dans les octopodes TA-TM.

Sur Carida, Furgan avait supervisé la conception et le développement de ces nouveaux modèles, nommés « Transporteurs d’Assaut pour Terrains Montagneux », et il avait hâte de voir comment ils se comportaient au combat. Prudent, il avait prévu de marcher à l’arrière tandis que les troupes d’élite ouvriraient le chemin. La précaution semblait superflue quand on connaissait l’opposition en présence – une femme et un enfant – mais savait-on jamais ?

Furgan passa le bout des doigts sur le « genou » d’un octopode. Destinés aux terrains accidentés, ces véhicules étaient munis d’articulations hyper-perfectionnées. Les « griffes » de leurs pieds permettaient l’escalade des parois les plus abruptes.

L’armement n’était pas mal non plus : des lasers capables de pénétrer cinquante centimètres de blindage et deux mini canons-blasters, de chaque côté du cockpit, assez performants pour faire réfléchir les chasseurs ennemis, et les réduire en poussière s’ils insistaient.

Furgan resta un instant à rêver devant les monstres de métal.

– Superbes machines, murmura-t-il.

Autour de lui, les commandos continuaient à travailler sans lui prêter attention.

La voix du colonel sortit de l’intercom :

– Ardax à tout l’équipage. Après quelques difficultés dues aux décharges d’énergie caractéristiques du système, nous avons localisé la base secrète. La force d’assaut doit se préparer sur-le-champ. Je veux une frappe propre et nette. Ardax, terminé.

– Vous avez entendu le colonel ? dit Furgan tandis que les troupes d’élite embarquaient dans les octopodes.

Bientôt, les engins seraient largués sur la planète, chacun étant enfermé dans un cocon thermorésistant qui s’ouvrait aussitôt l’objectif atteint.

Un soldat était en train d’entrer dans son cockpit, où il essayait de caser des armes supplémentaires et quelques appareils de détection très utiles.

– Toi ! cria Furgan. Range tout ça dans la soute ! Je viens avec toi.

L’homme le regarda un moment sans rien dire, les yeux dissimulés derrière la visière de son casque.

– Cet ordre te pose un problème, sergent ? demanda Furgan.

– Pas du tout, monsieur, dit le commando, la voix déformée par le haut-parleur du casque.

Il obéit sans discussion.

L’ambassadeur s’assit dans le siège du copilote et boucla sa ceinture, l’enroulant deux fois autour de sa poitrine pour s’assurer de n’être pas blessé durant l’atterrissage. Il n’avait aucune envie de boiter en prenant possession de la base ennemie.

Alors que les commandos finissaient d’embarquer, Furgan manqua perdre patience. Quand allaient-ils enfin partir ?

Lorsque la trappe de largage s’ouvrit sous l’octopode qu’il occupait, l’ambassadeur agrippa les accoudoirs de son fauteuil et poussa un long cri. Les véhicules d’assaut tombaient aussi vite que des bombes. Malgré le cocon protecteur, ils étaient secoués comme si on leur tirait dessus.

Furgan essaya sans succès de maîtriser sa panique.

A côté de lui, le pilote n’avait pas ouvert la bouche.

Dans la forteresse, sur Anoth, Winter jeta un coup d’œil à l’heure, puis au nourrisson aux cheveux noirs occupé à rire aux éclats.

Il était temps de le mettre au lit.

La planète ayant un rythme nycthéméral très spécial, Winter avait décidé de vivre à l’heure de Coruscant. Cela valait mieux, car le jour, sur ce monde, n’était rien de plus qu’une vague lueur rougeâtre.

Anoth était prodigue en tempêtes. Géologiquement, elle avait toutes les caractéristiques d’un caillou géant semé de pics rocheux où s’ouvraient des cavernes. Difficiles d’accès, ces dernières étaient parfaites pour dissimuler une base.

Winter prit le bébé dans ses bras, le cala contre sa hanche, et s’engagea dans un couloir.

La chambre d’Anakin, protégée par des boucliers, était violemment éclairée, des couleurs pastel adoucissant l’atmosphère. Une mélodie pastorale – mélange d’un gazouillis d’eau de source et du souffle léger d’une brise – sortait des haut-parleurs intégrés aux murs.

Un électro-droïd GNK, massif et rectangulaire, s’occupait de recharger les batteries des jouets interactifs autoconscients de l’enfant.

– Merci bien, lui dit Winter, cédant à l’habitude.

Le GNK lui-même était aussi peu interactif que possible, mais elle ne parvenait pas à s’y faire.

L’électro-droïd s’éclipsa, trottinant sur ses jambes en accordéon.

– Bonsoir, maître Anakin, dit le droïd-berceur TDL affecté à la chambre du nourrisson.

C’était une évolution du droïd-protocole classique. Programmés pour effectuer sans faillir toutes les opérations de puériculture, ces modèles faisaient fureur dans la galaxie, servant de nounous aux enfants des politiciens, des militaires et même des contrebandiers, qui n’avaient guère le temps non plus de pouponner.

Argenté comme son cousin, le droïd-berceur était bien entendu dépourvu d’angles vifs et d’aspérités. Les mamans ayant souvent besoin de plus de deux mains, ces nurses artificielles étaient pourvues de quatre bras couverts d’une peau synthétique très douce – la même que sur leur torse.

Ainsi, les bébés confiés à leurs soins expérimentaient-ils aussi la chaleur maternelle.

Anakin gazouilla de plaisir en voyant le robot et balbutia un mot qui ressemblait à son nom.

Winter coucha le bébé et lui souhaita bonne nuit.

– Voulez-vous que je diffuse une berceuse en particulier, maîtresse ? demanda le droïd TDL.

– Une sélection au hasard fera l’affaire, répondit Winter. Je retourne dans la salle de contrôle. Quelque chose ne tourne pas rond, ce soir…

Winter sortit de la chambre quelques secondes avant que ne sonne l’alarme.

Elle se mit à courir.

Sur les écrans géants, elle vit une grappe d’objets très étranges tomber du ciel. A l’évidence, ils avaient pour objectif les environs de la base.

Winter activa les systèmes automatiques de défense et ferma la porte blindée qui défendait l’entrée de la grotte.

Elle aperçut bientôt le premier octopode, qui se jouait de l’escalade avec la facilité d’un mouflon. Ce devait être un modèle spécialement conçu pour la montagne.

Ordonnant un balayage des environs, elle vit que gisaient sur le sol d’énormes cocons de métal éventrés. De là étaient sorties les machines arachnéennes qui grimpaient vers la forteresse.

Un frisson courut le long de la colonne vertébrale de Winter. Vu son équanimité habituelle, c’était un événement.

L’amie de Leia n’avait pas une passion particulière pour les araignées, mais le problème n’était pas là.

Huit monstres de métal se pressaient autour de la base, avides d’y pénétrer.

Huit monstres, et elle était l’unique défenseur !

Les champions de la force
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